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Conférence par le Professeur Docteur. Dirk Lips, éthologue, de l’Université de Louvain

L’élevage des animaux à fourrure en Europe est la cible de critiques de la part de la société pour des raisons de bien-être animal. Ces critiques vont si loin que quelques pays européens ont décidé d’interdire l’élevage d’animaux à fourrure sur leur territoire.

Dans cette brève allocution, je voudrais vous expliquer pourquoi la base sociale des élevages d’animaux à fourrure en Europe est en danger et faire au secteur quelques suggestions pour y faire face. Je n’évoque que les élevages de visons (Mustela vison) car je suis belge, et en Belgique, il n’y a que des élevages de visons.

Vous ne serez pas étonné d’apprendre que les Européens sont plus soucieux actuellement du bien-être des animaux agricoles (dont les visons font partie) qu’il y a 60 ans. C’est en effet la relation qu’une personne entretient avec d’autres êtres, et donc également avec les animaux, qui détermine la valeur accordée aux êtres vivants.

Depuis la domestication des animaux, c’est l’homme qui a déterminé de plus en plus la relation avec l’animal. Au fur et à mesure que les moyens techniques se sont développés, l’homme a donné davantage forme à l’environnement de vie des animaux domestiques. Jusqu’au début du 19ème siècle, peu de choses ont changé au niveau des possibilités techniques de l’homme. Soit l’élevage des animaux était très extensif, avec d’immenses troupeaux (comme dans certains ranches américains), soit les fermiers avaient quelques bêtes avec lesquels ils vivaient de manière très intensive (situation typique des régions très peuplées d’Europe). De nombreux arguments peuvent être avancés pour prouver que la sélection a fait en sorte que les animaux se sont adaptés à ces systèmes d’élevage.

Après la Seconde Guerre mondiale, la relation entre l’homme et l’animal dans l’agriculture a changé si vite qu’il n’y a plus eu de co-évolution entre l’animal et le système d’élevage. C’est à cause de cette évolution qu’il y a de moins en moins de paysans en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. La mécanisation a permis d’élever de plus en plus d’animaux et de travailler de plus en plus d’hectares de terre par unité de main-d’oeuvre. En Belgique, moins d’ 1,5% de la population active travaille dans l’agriculture et cette proportion est du même ordre dans de nombreux pays du nord-ouest de l’Europe. Dans le sud de l’Europe, les paysans sont plus nombreux, mais là aussi, une tendance à la baisse est en marche depuis la Seconde Guerre mondiale. C’est en Europe de l’est que l’on trouve encore le plus grand nombre de fermiers, mais ils sont moins nombreux chaque année. Les paysans ont des enfants, des frères et des soeurs, mais on peut estimer que pas plus de 40% de la population européenne n’a encore de contact avec des animaux élevés dans le cadre d’une relation utile. Dans le nord-ouest de l’Europe, ils ne sont pas plus de 20%.

Au cours de l’histoire, l’homme a eu différentes relations avec les animaux et c’est précisément le type de relation que l’on entretient avec les animaux qui détermine la valeur accordée à cet animal.

Dans une relation utile, l’utilité de l’animal occupe une place centrale. L’animal est élevé parce qu’il est utile (économiquement). On distingue trois catégories:

Dans le cadre de la nouvelle période de programmation 2007-2013 des Fonds structurels, les autorités nationales ont convenu de la nécessité de mettre en place un dispositif de soutien et d’accompagnement des villes et des agglomérations qui souhaitent répondre à l’appel à projets prévu au titre du volet urbain des programmes opérationnels régionaux des objectifs « convergence » et « compétitivité et emploi ». Premier volet de ce dispositif, ce site INTERNET, mis à jour régulièrement, a vocation d’être un véritable portail d’information sur les villes, l’urbain et la nouvelle Politique de Cohésion de L’Union.
Animaux qui aident l’homme à acquérir des connaissances: animaux de laboratoire;
Animaux qui travaillent pour l’homme: animaux de travail.

La valeur accordée à ces animaux est déterminée par leur utilité économique. La mort d’un animal utile n’est pas une fin inéluctable, mais un choix économique conscient. La volonté de soigner et de traiter un animal utile est déterminée en grande partie par la valeur financière de l’animal. Il faut mentionner le fait que le paysan ne compte jamais ses propres heures de travail dans ce calcul. S’il soigne et s’occupe de ses animaux, c’est pour que les animaux produisent un rendement maximal.

Outre les animaux utiles, l’homme élève également des animaux de compagnie, qui vivent avec l’homme pour le plaisir de l’homme. La valeur de ces animaux est déterminée par la valeur que représente leur compagnie. Contrairement aux animaux utiles, la mort de l’animal de compagnie est bien une fin inéluctable, repoussée autant que faire se peut. L’homme est plus enclin à dépenser son argent pour prendre soin de ses animaux de compagnie. Mais pour pouvoir engager ces frais, il faut que le budget de la famille le permette. C’est le cas en Europe de l’ouest depuis la Seconde Guerre mondiale. Les animaux de compagnie sont de plus en plus considérés comme des membres de la famille, à tel point que certains font enterrer ou incinérer leur animal. Mais la valeur que représente la compagnie d’un animal peut changer, tout comme la valeur marchande d’un animal utile, et la disposition à engager des frais pour le soigner ou le traiter se modifie proportionnellement.

L’homme entretient d’autres relations encore avec les animaux. En voici une succincte énumération:

Les animaux d’aide: dans la plupart des relations homme-animal, l’homme dépend également de l’animal (pour ses revenus, sa nourriture, son travail, sa compagnie, ...) mais c’est dans la relation d’aide que cette dépendance est la plus manifeste. Les chiens d’aveugles sont probablement les animaux d’aide les plus connus.

Les animaux exotiques: on les élève comme des pièces de collection ou objets précieux. On les élève parce qu’ils sont rares dans une région donnée.

Les animaux exotiques: on les élève comme des pièces de collection ou objets précieux. On les élève parce qu’ils sont rares dans une région donnée.

Les animaux de loisirs: il s’agit souvent d’animaux qui ont été exotiques, mais qui sont à présent élevés en masse, des animaux qui ont eu une valeur utile, mais qui l’ont perdu dans notre société technologique (chevaux, pigeons, de nombreuses races de poules et de moutons, ...). Ces animaux sont élevés par des personnes qui apprécient de consacrer leur temps libre à cette activité (un loisir). Ils sont élevés en plus grand nombre que les animaux de compagnie et leur valeur dépend souvent de la mesure dans laquelle l’animal satisfait aux normes de la race, établies par l’être humain. Les animaux de sport (chevaux, pigeons, chiens, ...) sont des exemples d’animaux de loisirs.

Les animaux nuisibles: les animaux qui sont des concurrents alimentaires pour l’homme, ou qui peuvent transmettre des maladies, sont considérés comme des animaux nuisibles. Il s’agit des animaux qui vivent à l’état sauvage, mais qui ont une relation directe avec l’homme, le plus souvent parce qu’ils recherchent sa proximité. Leur valeur est négative: l’homme cherche à s’en débarrasser par tous les moyens. Il les tue parce qu’ils sont potentiellement dangereux pour lui. Même s’il s’agit le plus souvent de mammifères ou d’oiseaux (rats, souris, lapins, pigeons, ...) dont d’autres races sont élevées comme animaux de compagnie, ces animaux sont mis à mort sans scrupules. Même les organisations de défense des animaux ne protestent pas contre les méthodes, souvent cruelles, utilisées pour éliminer les animaux nuisibles.

Enfin, les animaux sauvages: bien que l’influence de l’homme soit manifeste pratiquement partout, il existe toujours de nombreux animaux qui n’ont pas de relation directe avec l’être humain. Ce sont les animaux sauvages. La valeur de ces animaux ne se mesure pas à l’aune de l’individu, mais de l’espèce. Si l’espèce est en danger, certains hommes sont tentés de consacrer plus d’attention aux individus.

L’énumération des différents types de relations que les hommes entretiennent avec les animaux démontre clairement qu’il n’y a pas moins de gens qui ont des contacts quotidiens avec les ani- Elevages d’animaux à fourrure Une base sociale pour l’élevage des animaux à fourrure en Europe Conférence par le Professeur Docteur. Dirk Lips, éthologue, de l’Université de Louvain (avril 2006) maux aujourd’hui en Europe qu’il y a 60 ans. La relation que ces Européens ont avec les animaux a fortement changé. La valeur que les hommes accordent à ces animaux a donc également changé, ce qui explique pourquoi le souci du bien-être des animaux a tellement augmenté.

Comme nous l’avons expliqué ci-dessus, la grande majorité des Européens n’entretient plus de relations d’utilité avec les animaux et n’a plus de contact direct avec des animaux élevés à des fins d’utilité. Les Européens ont surtout des relations individuelles avec les animaux, alors que dans l’agriculture, cette relation individuelle s’est affaiblie parce que les animaux sont élevés en fonction de la main-d’oeuvre qu’ils requièrent. Un petit calcul peut expliquer cela: si l’on part du principe qu’une personne peut élever 1500 visons femelles, cette personne se retrouvera chaque année avec 7500 jeunes visons en moyenne. Ces petits vont vivre environ 200 jours, soit 200x24x60 = 288.000 minutes. Soit 38,4 minutes par vison pendant toute sa vie. Soit 38,4x60:200 = 11,5 secondes par jour. Nous sommes partis du principe que cette personne travaille 24 heures par jour. Si elle ne travaille que 8 heures, le résultat est divisé par trois. Mais il se peut que cette personne reçoive parfois des coups de main dans son entreprise. Aux yeux d’une personne qui n’a que des animaux de compagnie, c’est négligeable.

En résumé: la relation avec l’animal de compagnie en Europe est devenue la relation dominante entre l’homme et l’animal. Et la société évalue la relation d’utilité sur base de la relation avec l’animal de compagnie, qui est devenue la norme.

S’il existe encore une certaine tolérance pour les animaux qui produisent des aliments, parce que pratiquement tout le monde consomme ces aliments, il y en a très peu pour les animaux qui produisent de la fourrure, probablement parce que nombreux sont ceux qui ne consomment pas (ne peuvent pas consommer) ces produits. La tolérance zéro quasi absolue de la société européenne vis-à-vis des cages (en treillis) est un autre problème auquel l’élevage d’animaux à fourrure est confronté, qu’il s’agisse des poules, des lapins ou des animaux à fourrure.

Et pourtant, le bien-être des visons dans les élevages belges n’est pas pire que celui de nombreux animaux agricoles et leur mort est beaucoup plus confortable. Je suppose que cela doit être le cas dans tous les systèmes d’élevage à fourrure européens.

Le bien-être animal peut se définir de différentes manières et la science n’est pas encore assez avancée pour pouvoir donner une définition ferme. Mais il y a donc de nombreuses raisons d’affirmer que dans le bien-être des animaux, la seule chose qui importe, c’est ce qui est important pour l’animal. Ce qui veut dire que cette définition est différente pour chaque espèce animale.

Pour évaluer le bien-être des visons, il faut savoir ce qui est important pour les visons. Je ne peux détailler ici les besoins des visons, mais je peux affirmer que les visons sont des animaux solitaires qui, sauf en période de reproduction, n’apprécient pas la compagnie de leurs congénères adultes. Les jeunes, par contre, jouent beaucoup ensemble. Le fait d’élever les adultes seuls dans une cage correspond donc parfaitement à leur comportement dans la nature. Les visons qui reçoivent suffisamment à manger dorment une grande partie de la journée. Mes recherches m’ont appris que l’enrichissement des cages stimule les animaux à jouer, mais que leur intérêt chute fortement après quelques jours. Personnellement, j’estime que les éleveurs de visons devraient s’astreindre à installer un enrichissement par cage, et de le changer régulièrement (bouts de tuyau, balle, petite chaîne suspendue, filet, récipient d’eau se sont avérés des dispositifs intéressants dans notre expérience). Ces enrichissements sont fortement recommandés pour le bien-être des visons, surtout au moment où ils sont conditionnés. Il importe également de sélectionner des animaux tranquilles qui supportent bien la présence de l’homme.

Pour moi, la mort n’est pas importante pour le bien-être de l’animal. Pour que les animaux ressentent la mort comme une menace vis-à-vis de leur bien-être, ils devraient comprendre ce qu’est la mort, et que la mort les prive de leur avenir. Pour ce faire, il faut avoir conscience de soi, c’est-à-dire la possibilité de se voir soi-même comme l’objet de sa pensée. Il en faut pour être conscient de son propre avenir, car il faut pouvoir se projeter dans l’avenir. Jusqu’à preuve du contraire, personne n’a jamais pu observer chez aucun animal un degré de conscience de soi tel que l’animal soit capable de réfléchir à son propre avenir. S’il n’a pas conscience de son avenir, l’animal ne peut pas ressentir la mort comme une menace pour son avenir. En d’autres termes, si les vaches pouvaient penser à l’abattoir : “Encore trois et ce sera à mon tour: je ne verrai plus jamais le soleil se lever et je n’aurai plus jamais de petits veaux”, l’abattage serait un meurtre et nous devrions arrêter tout de suite. Si la vache ne peut avoir ce genre de pensée, elle ne peut ressentir la mort comme une menace et celle- ci n’a pas d’importance pour son bien-être, de son point de vue. Par contre, la douleur qu’elle éprouve lors du chargement et du déchargement, pour aller à l’abattoir, et l’angoisse d’arriver dans un endroit inconnu, en compagnie d’autres vaches qu’elle ne connaît pas, est un élément important. Ces douleurs et ces angoisses sont épargnées aux visons, qui sont tués sur place et sans douleur par intoxication au gaz CO.

Elevés d’une manière qui n’est pas pire que le système d’élevage d’autres animaux agricoles (par exemple les lapins), en solitaires, dans des cages individuelles, sans devoir être chargés, transportés et déchargés le jour précédant leur mort, les visons ne sont pas les premiers animaux à prendre en compte quand il s’agit d’améliorer le bien-être des animaux agricoles. Mais il est vrai que le bien-être des visons peut encore être considérablement amélioré et il serait souhaitable qu’une association comme l’EFBA stimule davantage les études en vue d’améliorer le bienêtre des animaux à fourrure et de mettre en pratique les résultats des études réalisées.

Reste encore l’argument selon lequel la raison pour laquelle les animaux à fourrure sont élevés est insuffisante pour maintenir les animaux dans une situation qui, bien évidemment, n’est pas paradisiaque. Nous n’avons pas besoin de fourrure. C’est une vérité. Mais une vérité qui s’applique à la plupart des choses que les êtres humains apprécient. Aujourd’hui, on peut dire que nous n’avons pas besoin de viande non plus et que, au sens strict, nous n’avons pas besoin de voiture, de téléphone, etc. La question n’est pas de savoir si nous en avons besoin, mais s’il est injustifié que nous l’ayons. Et la réponse est: NON. Le bien-être des visons n’est pas inacceptable du point de vue du vison, mais il peut être amélioré et il faut oeuvrer en ce sens. La fourrure est un type de production vestimentaire très durable, et l’homme a absolument besoin de vêtements. Si je peux me permettre d’exagérer sans nuances pour cette argumentation, je dirais qu’il est pire d’exploiter les producteurs de coton afin qu’ils produisent du coton bon marché, de nuire à l’environnement en transportant tout ce coton vers des pays où les enfants et les adultes gagnent des salaires scandaleusement bas, avec une couverture sociale exécrable, pour transformer ce coton en vêtements de confection teintés selon des méthodes anti-écologiques, puis en transportant ces vêtements en Europe, où la plupart d’entre eux ne seront jamais portés, mais atterriront chez les chiffonniers parce que jamais aucun client désireux d’acheter ce modèle, dans cette taille et ce coloris, n’est entré dans le magasin. La fourrure, par contre, est produite par des animaux qui se nourrissent de déchets d’abattage, elle peut être produite et transformée en vêtements sur place. Elle coûte plus cher, mais elle est traitée avec plus de respect et dure beaucoup plus longtemps.

Face à une base sociale chancelante pour l’élevage des animaux à fourrure, je recommanderais à une association comme l’EFBA de s’insurger fermement en affirmant que:
1. Le bien-être des visons est acceptable dans les élevages européens.
2. Le secteur oeuvre en permanence à l’amélioration de ce bien-être.
3. La fourrure est un vêtement durable et qu’il est donc écologiquement, économiquement et socialement justifiable et justifié.

Il n’y a pas de raison que les éleveurs de visons européens aient honte de ce qu’ils font et si les élevages devenaient plus accessibles et si le secteur faisait passer clairement le message, la base sociale ne pourrait que s’élargir.

Le mot de la FFMF :
On remarquera que certaines thèmes traités par la FFMF se retrouvent dans cette passionante conférence faisant état des dernières connaissances sur les rapports hommes/animaux.



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