CHIEN VIVERRIN
L’article du Parisien
Le vendredi 14 octobre 2008, le journal faisait paraître en page 15 un
article “ Saisie Des vêtements confectionnés avec des poils de
chiens et de chats ”.
Sous le titre, une photo de 10 cm de hauteur x 15 montrant un
douanier présentant, au milieu d’objets non identifiables, un
blouson à col de fourrure pas vraiment reconnaissable, mais
visiblement plus épaisse que du chat ou du chien. Légende :
“...poils de chats ou de chiens…”
Puis, sous la photo légendée, 3 colonnes (8 cm de hauteur x 15).
Et le quotidien, toujours prêt à taper sur la fourrure pour vendre
son papier, d’écrire : “ bandes... constituées de poils de chats ;
cols en poils de chiens ; filière... illégale... ; ...confectionnés à
partir d’animaux domestiques ; examen... labo... des douanes a
déterminé... de poils de chat et de poils de chien ; entreprise de
confection dans l’est de Paris,... produits viennent de Chine ”.
Le chef divisionnaire à la Direction des douanes, interviewé,
suppose : Il peut (sic) s’agir de fourrures faites à partir de chats
sauvages ou de chats domestiques. Juste après : “ Le Muséum
national d’histoire naturelle, sollicité pour l’expertise, a déterminé
que les poils de chien venaient d’une espèce appelée
“ chien viverrin ” vivant en Chine, ressemblant au renard argenté
”.
Enfin, pour ne pas rester sur cette note qui, si l’on y prête attention,
contredit tout ce qui précède, le menteur dérive sur la
Suisse “ où le commerce des peaux de chat n’est pas interdit
pour faire des manteaux ” évoquant un précédent autre article
glorieux du Parisien dans lequel les peaux de chats pour rhumatisants
suisses devenaient des manteaux.
Par ailleurs, selon d’autres sources, les fourrures auraient été
déclarées d’imitation et c’est l’odeur (apprêt chinois) qui aurait
alerté les douaniers.
Nous avons donc reconstitué le scénario approximatif : un
confectionneur textile de l’est parisien commande des vêtements
à col… “ chinese raccoon ” (l’équivalent du finn raccooon,
élevé en Chine).
Sachant que le nom de la fourrure en français est chien (viverrin)
et que le chien est interdit, l’exportateur déclare de
l’imitation.
Bien entendu, comme chaque fois que le Parisien répand des
absurdités venimeuses, il n’y a pas de suivi qui lui ferait manger
son chapeau.
De notre côté, alors que l’article nous a valu des appels téléphoniques
de professionnels, nul n’a pu nous dire qui était
l’importateur.
Celui-ci ne peut être accusé d’importation d’espèce interdite
mais peut l’être de fausse déclaration.
Un article de Jean-François GORRE
J.F.G. a passé sa jeunesse à Paris, y a obtenu son diplôme de
docteur en ethnologie (thèse sur les fourrureurs et la fourrure)
et s’y est marié.
Nous lui avons demandé de nous raconter brièvement le chien
viverrin.
Tanuki : Nyctereutes procyonoïdes
Cet animal est originaire d’Asie du Sud Est.
Il vit en solitaire et est actif la nuit. Il loge dans un arbre creux,
un trou dans un rocher ou un logis abandonné.
Il se nourrit de fruits, de grenouilles, de poissons, d’insectes et
de rongeurs. C’est donc un animal omnivore.
Au Japon, où il est une star que l’on connaît sous le nom de
Tanuki, héros de manga, personnage de peluche, justicier de la
nature, il représente beaucoup de choses pour les Japonais. Mais
au Japon il existe deux sortes de Tanuki (en fait trois), le Tanuki
sauvage, qui est de plus en plus difficile à voir, le Tanuki des
villes, que l’on trouve même dans les grands parcs de Tokyo et,
en 3, le Tanuki d’une légende racontant qu’un vieil ermite
vivant dans la montagne, un jour qu’il n’avait plus rien à manger,
croisa le chemin d’un Tanuki dans lequel l’esprit de la nature
était incarné. Celui-ci, devant la détresse du vieil homme, se
transforma en soupière intarissable et permit ainsi au vieil homme
de survivre. Et c’est ainsi que le Tanuki a pris sa place dans
la cuisine, et que, par un hasard fortuit, il goûta du Saké qu’il
apprécie énormément.
L’histoire aurait pu s’arrêter là si, élevé à l’Ouest de l’Oural par
les Soviétiques (1928), quelques uns ne s’étaient échappés, ce
qui donnera lieu à une aire de colonisation qui touche l’Europe
du Nord dont la France (1978). Il est alors appelé chien (pour sa
ressemblance physique avec le canidé) viverrin, car classé en un
premier temps dans les viverridés avec les civettes et genettes
par les zoologistes puis déclassé, sans changer son appellation
entrée dans les moeurs, et plus justement groupé avec les procyonidés
(raton laveur, petit panda...) en lui attribuant en terminologie
latine le nom de Nyctereutes procyonoïdes.
Il est classé en gibier chassable comme en Moselle en 2003.
Deux arguments sont donnés : le risque de propager la rage et le
déséquilibre avec la faune locale comme espèce en passe de
coloniser le territoire départemental et national.
Les Finlandais qui apprécient son pelage l’élèvent et en font le
“ Finn raccoon ”. De fait ce nom fait référence à une proximité
d’aspect de la fourrure avec le Raccoon (Procyon fotor) observé
à l’état sauvage en grand nombre en Amérique du Nord. Mais il
faut noter que les deux animaux n’ont rien de commun.
Puis l’histoire a continué. Après une longue bataille, la CE produit
un règlement le 11 décembre 2007, je cite, qui interdit “ la
mise sur le marché, l’importation dans la Communauté ou
l’exportation depuis cette “ dernière de fourrure de chat et de
chien et de produits en contenant ”.
Mais qu’est-ce un chien au sens européen du terme : tout animal
de la sous-espèce canis lupus familiaris ; Quant au caractère
sauvage ou domestique dans la mesure où il n’est pas possible
de faire la distinction, le règlement européen impose
l’interdiction pour les produits issus des deux caractères.
Alors le “ chien viverrin ” serait touché par cette interdiction !
Non, puisque “ le chien viverrin ” n’appartient pas à la même
sous-espèce que le chien sous l’acceptation européenne. Une
nouvelle fois, l’appellation usuelle crée une réelle ambiguïté
pour la cliente et le public.
Et le mal est fait. L’émotion l’emporte sur la raison. Expliquer
c’est ramer à contre courant. S’exprimer, c’est donner un nouveau
coup de projecteur dans les médias en recherche de croustillant.
Ne rien dire, c’est une nouvelle fois courber l’échine et
laisser la désinformation mener le monde.
Nous veillerons avec vous à ce que ce ne soit plus le cas.
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